NASSER Al ATTIYAH LE PRINCE DU DESERT

samedi 15 janvier 2022 par IMEC

Le podium final

La position de grand favori est enviable mais pas nécessairement confortable. Nasser Al Attiyah en a plusieurs fois fait les frais, mais il a cette année déroulé sa science avec la maîtrise du sujet dont le duo qu’il forme avec Mathieu Baumel est capable. Le pilote Qatarien a tenu à se positionner d’emblée en tête, s’imposant sur les deux spéciales (1A et 1B) formant la première étape, pendant que les Audi se retrouvaient déjà en délicatesse, sur une fatale erreur de navigation pour Sainz, puis le lendemain avec l’arrachage d’une roue arrière pour Peterhansel, contraint d’encaisser une très lourde pénalité pour continuer le Dakar. Dans ce contexte, le duel au sommet s’est très vite dessiné entre Sébastien Loeb et Al Attiyah, mais le Français se retrouvait distancé dès l’étape 3 suite à la casse d’un arbre de transmission, et atteignait ensuite la journée de repos avec plus de 50 minutes de retard. Tout en contrôle, celui qui avait gagné en Amérique du sud le surnom de « Prince du désert » en est devenu un seigneur en allant chercher un quatrième titre au Moyen-Orient, en voisin, après ceux conquis en 2011, 2015 et 2019. Loeb peut se consoler en constatant que son BRX Hunter roule sur la bonne voie, mais bute comme en 2017 après son duel perdu contre « Peter » à la 2e place… celle qu’il n’aime pas ! Yazeed Al Rajhi, qui s’est par intermittence intercalé dans le match franco-qatarien, montre qu’il faudra compter avec lui sur ses terres saoudiennes en progressant d’un cran, montant pour la première fois sur le podium final (3e à 1h01’13’’).

Derrière le convoité trio de tête, l’écurie Pro Drive peut se réjouir de placer en 4e position le Hunter d’Orlando Terranova, qui obtient au passage avec ce volant le meilleur score de sa carrière en autos à sa 14e participation. En revanche, le buggy Mini X-Raid ne semble plus tenir le choc face à la nouvelle génération des T1+, Jakub Przygonski reculant lui de deux rangs (6e). Giniel De Villiers, 5e, se classe pour la 18e fois dans le Top 10, où s’invite à nouveau Mathieu Serradori et son buggy Century (9e). La prestation convaincante d’Audi sur la quinzaine s’achève aussi par la 10e place du Suédois Mattias Ekström (voir la Stat’).

Les prototypes légers : En changeant de catégorie après s’être imposé en T4 lors de l’édition en 2021, Francisco « Chaleco » Lopez s’attaquait au défi de la confrontation avec les OT3-Red Bull, qui avaient déjà fait main basse sur la majorité des étapes sans parvenir à exister au classement général il y a un an. Les malheurs techniques ont très rapidement poursuivi l’équipe américaine, s’abattant sur Cristina Gutierrez, Guillaume de Mévius et Seth Quintero, et laissant ainsi la voie libre aux South Racing, emmenés par leur solide pilier chilien. A la journée de repos, Lopez bénéficiait d’un avantage de 25 min sur son jeune complice Sebastian Eriksson et surtout de 2h23 sur la pilote espagnole. Pas de quoi inciter « Chaleco » à batailler inutilement pour des victoires d’étapes, un terrain sur lequel s’est employé le bouillonnant Quintero. Intenable, le gamin de 19 ans est finalement parvenu à trouver une régularité au plus haut niveau, alors qu’il était hors-jeu pour la gagne depuis une nuit presque entière passée sur l’étape 2. Avec au final 12 victoires sur 13 spéciales, le show Quintero tourne à la démonstration. La question de la comparaison avec les 11 spéciales remportées en 1994 par Pierre Lartigue au scratch (toutes catégories autos confondues !) anime les historiens et statisticiens du Dakar. Une chose est sûre : ce kid est un as !

SSV : rien ne sert de courir, il faut partir à point » est probablement le proverbe parfait pour illustrer le déroulement de la course SSV. Sur les 13 spéciales au programme (en incluant celle de l’étape 1B), les pilotes polonais en ont gagné pas moins de neuf. Marek Goczal tient la palme avec six succès à son tableau de chasse contre deux pour son frère Michal et une pour Aron Domzala. Et pourtant aucun de ces trois-là ne figure sur le podium final à l’arrivée. Dans l’exercice imposé par les épreuves d’endurance, il faut savoir faire preuve de régularité et ne pas « brûler » les étapes ; une chose dont les représentants polonais ont manqué, jouant entre contre-performances et soucis mécaniques. Austin Jones en revanche s’est montré plus discret. L’Américain a plusieurs fois flirté avec la victoire, mais il n’y est jamais parvenu. Il a toutefois figuré sur le podium quand il le fallait pour reprendre l’ascendant sur certains de ses adversaires à l’image du rookie Rodrigo Luppi De Oliveira. Le Brésilien s’est installé aux commandes du général avant de rencontrer un problème mécanique. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé pour Gerard Farres, coéquipier de Jones chez South Racing, durant l’ultime spéciale. L’Espagnol était au pouvoir, mais une défaillance électrique a permis à Jones de coiffer la couronne de justesse pour deux minutes. Farres doit donc se contenter de la deuxième place devant un débutant prometteur en la personne de Rokas Baciuska. Un peu comme Jones, le Lituanien n’a pas fait de bruit avant de s’imposer lors de l’étape 10 et de récidiver deux jours après pour la finale. Sa constance a été la clé qui l’a aidé à se hisser sur la troisième marche du podium pour sa première fois au Dakar.

Camions : il est habituel de voir les camionneurs russes assumer sans complexe leur statut de favoris. Vainqueurs depuis le début du XXIe siècle de 18 éditions avec six pilotes différents, les Kamaz n’ont laissé échapper que quatre titres (K.Loprais en 2001, H.Stacey en 2007, G.De Rooy en 2012 et 2016), et ne sont pas passés à côté de leur sujet cette année en Arabie Saoudite. Les pilotes des quatre camions bleus ont remporté au moins chacune une étape, avec un sans-faute sur le tableau des étapes. Au classement général, le tenant du titre Dmitry Sotnikov conserve sa couronne et emmène la procession bleue, avec 9’58’’ d’avance sur son collègue quadruple vainqueur du Dakar Eduard Nikolaev (8e podium en 10 participations comme pilote !). Comme en 2011, les 4 premières places du général sont occupées par des Kamaz. Derrière eux, leur premier poursuivant, Janus Van Kasteren, se fait une place dans l’élite en se hissant à la 5e place… mais à plus d’une heure du dernier Kamaz tout de même.

Le Classic : la 2e édition du Dakar Classic, investie par un grand nombre de spécialistes de la discipline a réservé plus d’une surprise. La première, c’est que ce sont deux parfaits novices de la régularité qui ont fait leur loi. Avec 399 points à l’issue de la course, Serge Mogno et Florent Drulhon se sont révélés intraitables. Non seulement ce score est minime et correspond aux pénalités que bon nombre de concurrents ont reçu chaque jour, mais il faut le mettre à la lumière de leurs poursuivants. Arnaud et Adeline Euvrard, des habitués pour le coup. Avec un matelas de 200 de points, les vainqueurs possèdent l’écart le plus important sur leurs concurrents directs du Top 10. De quoi faire pâlir les spécialistes Jesus Fuster Pliego et Juan Carlos Ramirez Moure, 3e avec le double de points. Quatrième et vainqueurs haut la main de la catégorie H3, Jérôme et Anne Galpin dans leur Protruck sont au pied du podium, mais aussi et surtout les seuls engagés en catégorie haute à être parvenus à entrer dans le match. Au milieu de quatre équipages Espagnols et d’autant de Français dans le Top 10, le camion du team Feryn prouve qu’une assistance peut parfois dépasser le véhicule qu’elle suit ! Les Belges Tom De Leeuw, Cédric Feryn et Bjorn Burgelman terminent 8e dans leur Mercedes 2635A. Moins de 50 points devant la Porsche du tenant du titre. Marc Douton, accompagné de Jérémy Athimon son mécanicien de la première édition, prouve qu’il faudra à nouveau compter sur lui en 2023. Quatre Toyota Land Cruiser sont dans le Top 10, dont celui des vainqueurs. Une performance qui fait écho à celle de Nasser Al Attiyah. Dans vingt ans, le Hilux T1+ sera peut-être engagé en Dakar Classic, qui sait !

Tous les classements ici : www.dakar.com

Journée 13

B.L.S. d’après un communiqué © A.S.O. DDPI/F. Gooden