SEBASTIEN LOEB VAINQUEUR, NASSER AL ATTIYAH DOMINE TOUJOURS

lundi 9 janvier 2023 par IMEC

L’œil dans l’objectif : le dernier exercice avant le repos demandait une application maximale. La boucle tracée au sud d’Al Duwadimi, prévue pour la veille dans le programme initial, a été raccourcie à 345 kilomètres pour permettre à tous les pilotes de s’attaquer à une longue liaison menant au bivouac de Riyadh. Auparavant, ils ont dû se débattre dans une partie de navigation complexe, à la fois dans les pistes empierrées du début de la spéciale et dans l’enchaînement des vallées et des massifs de dunes de la dernière portion. Les motards qui avaient la charge d’ouvrir ont payé cette difficulté, même avec les bonifications attribuées aux trois plus exposés, mais Ross Branch a quant à lui saisi l’opportunité de s’imposer, tout comme Sébastien Loeb. Mais les patrons à mi-course restent Skyler Howes et Nasser Al Attiyah.

L’essentiel : il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir retourner la hiérarchie du Dakar à son avantage. Beaucoup essayent, très peu y parviennent. Sur la huitième étape, c’est un peu la mission que s’était fixée Mason Klein, le virtuose américain qui commence à affoler tous ses rivaux. En bouclant la spéciale, le « kid » pensait mettre la main sur le scratch du jour, mais s’est fait coiffer par le Botswanais Ross Branch qui apporte une deuxième victoire de spéciale au constructeur indien Hero, après celle de Joaquim Rodrigues l’an dernier. Conscient de la performance qu’il venait tout de même de réaliser et de sa bonne opération au général, Klein se réjouissait avant tout d’avoir pris les commandes de la course, ce qu’indiquaient les premières feuilles de classement. Mais une pénalité pour excès de vitesse le prive de cet honneur, son compatriote et mentor Skyler Howes restant le patron de la catégorie motos à mi-course. Nasser Al Attiyah avait peu de risques de connaître cet ascenseur émotionnel, avec la grosse heure qui lui sert de matelas chronométrique. Le chef de file n’a pas pour autant cherché à jouer la sécurité, et signe le deuxième temps du jour, qui lui permet d’ajouter deux minutes de moelleux à son avance sur son coéquipier Henk Lategan au général. Les précautions prises par Al Attiyah tiennent peut-être à la capacité de réaction qu’il perçoit chez Sébastien Loeb, qui ne représente pas un réel danger mais dont la progression l’interpelle forcément (voir la perf du jour). Avec sa deuxième victoire d’étape cette année (sa 18e au total sur le Dakar), le Hunter est maintenant en embuscade derrière les trois Toyota qui mènent le bal. Pendant ce temps, Carlos Sainz a bien essayé de faire briller sa RS Q e-tron E2 en chassant la spéciale en jeu… mais une pénalité de 5 minutes pour excès de vitesse a contrarié le plan qui aurait pu redonner le sourire au clan Audi. Les victoires d’étapes, c’est aussi ce qu’il reste comme satisfaction à Manuel Andujar : l’Argentin remporte sa troisième spéciale cette année mais ne récupère que 2 minutes de son retard sur Alexandre Giroud, le plus tranquille des leaders du Dakar au repos. Guillaume de Mévius, toujours à la bagarre avec Austin Jones, n’a pas le même confort au sommet du classement des T3 puisqu’ils ne sont séparés que de 3’19’’ en rejoignant Riyadh. Le Portugais Joao Ferreira évolue bien loin de ce duel, mais conquiert en revanche une victoire de spéciale à sa première participation au Dakar, offrant aussi un premier succès dans la catégorie à Yamaha (voir le chiffre du jour). En T4, c’est l’ancien quadeur argentin Jeremias Gonzales Ferioli (2e en 2015, 4 victoires d’étapes au total) qui donne forme à sa reconversion en s’imposant sur la spéciale du jour, pendant que Rokas Baciuska reste talonné par la famille Goczal au général. Enfin, Martin Macik soigne ses statistiques en même temps qu’il poursuit sa remontée au général, sa quatrième spéciale lui permettant de se positionner au 4e rang, à 38 minutes d’Ales Loprais.

La perf du jour : Sébastien Loeb hérite de la première place du jour et pousse son compteur de victoires d’étapes à 2 sur ce Dakar. 31e du général après l’étape 2, le pilote Bahrain Raid Xtrem a depuis méthodiquement gagné des places au provisoire avec une abnégation certaine. 28e, 18e, 11e, 6e, 5e et désormais 4e, l’Alsacien revient de loin et peut légitimement continuer d’espérer grimper jour après jour jusqu’à se placer derrière Nasser Al Attiyah à Dammam. Distancé au chrono du général par le tenant du titre (1h52’06’’), Loeb est à une demie heure de la troisième marche du podium occupée par Lucas Moraes et à une heure de la 2e place de Henk Lategan. Il reste 6 jours au Français pour retrouver la place qu’il avait acquise l’an dernier et assumer son rôle de chasseur d’Al Attiyah au championnat du monde. Loeb et Al Attiyah étaient repartis de la première manche du W2RC 2022 en janvier dernier avec seulement 1 point d’écart. Le champion du monde et son dauphin n’ont pas oublié leur début de saison dernière. Le pilote Toyota Gazoo Racing envisage de gérer son avance mais ne perd pas des yeux le championnat du monde en déclarant viser le podium des prochaines étapes pour ne pas laisser Loeb lui rejouer le scénario de janvier dernier (voir la réaction du jour).

Le coup dur du jour : on peut avoir tendance à trébucher sous l’effet de la pression. C’est peut-être la péripétie qu’a connu Janus Van Kasteren, stoppé pendant une petite demi-heure en première partie d’étape. Le débours chronométrique n’a rien de rédhibitoire, puisque c’est à peu près l’équivalent d’une crevaison, mais les conséquences sont lourdes alors que la bataille fait rage au sommet de la catégorie camions. Hier, le jeune Néerlandais qui porte les espoirs du team De Rooy n’avait que 15 minutes de retard sur le leader tchèque de la course Ales Loprais, mais prend un léger coup au moral puisqu’il reprendra la route mardi matin avec un retard de 38 minutes, toujours en 3e position du général.

Le chiffre 1 du jour : Entre Yamaha et le Dakar, c’est une longue histoire d’amour. L’usine d’Iwata a conçu des modèles emblématiques du Dakar et aussi fait la notoriété de nombreux protagonistes du plus grand des rallyes-raids. Stéphane Peterhansel, Cyril Neveu ou encore Edi Orioli font partie de ceux-là, mais l’an passé, Yamaha a décidé d’arrêter son implication en rallye-raid à moto… pour faire son entrée en T3. En collaboration avec X-Raid, Yamaha a lancé un nouveau prototype, le YXZ1000R Turbo que la firme a confié au X-Raid Yamaha Supported Team pour disputer la 45e édition du Dakar. Il n’a fallu qu’une semaine au véhicule pour se faire une place au sommet de la catégorie grâce à Joao Ferreira. Le rookie portugais, qui a approché la victoire à plusieurs reprises durant les premiers jours, a enfin obtenu la consécration et permet au constructeur de faire son entrée dans les annales du T3 aux côtés de Can-Am ou encore de Polaris et OT3. Mieux, Yamaha devient la première marque à gagner une étape à la fois en moto et en auto, après avoir aussi régné quasiment sans partage sur la catégorie quads.

Le W2RC : Nasser Al Attiyah, champion du monde en titre en autos et Rokas Baciuska, numéro un de la catégorie T4 en 2022, sont les deux seuls champions en titre qui se présentent à la journée de repos en tête de leurs catégories respectives. Le Qatari a la position la plus enviable de tous les meneurs, il possède près de deux heures d’avance sur son poursuivant direct au championnat Sébastien Loeb. Le Lituanien n’a pas cette chance, les Goczal père et fils sont à cinq minutes de lui. « Chaleco » Lopez, impérial depuis un an, n’a pas la vie aussi facile que ses homologues du T1 et du T3. Austin Jones avec qui il fait désormais équipe dans cette catégorie possède une heure d’avance sur Seth Quintero et deux heures et demie sur le Chilien. Chez les motos, la sortie prématurée de Sunderland et un Top 10 aussi serré au chrono que s’il était réuni dans un boîtier de filtre à air laisse tous les espoirs possibles.

Sur un air de Classic : destins croisés entre le Dakar et le Dakar Classic avec les Lurquin père et fils. Jean-Marie le premier s’est notamment fait connaitre aux côtés de Jean-Louis Schlesser et son buggy. Son fils Fabian a d’abord suivi ses traces en accompagnant les débuts en auto de Mathieu Serradori, lui aussi pilote privé dans son deux roues motrices Century. Le fiston s’est rapidement fait débaucher par Sébastien Loeb, avec qui il évolue depuis l’année dernière Dakar au sein de l’équipe BRX. Jean-Marie et Fabian courent à l’heure actuelle après le même objectif : monter sur le podium provisoire et pourquoi pas profiter d’un faux pas du leader pour s’imposer. « Lulu » a fait parler aujourd’hui sa science et son expérience de la navigation en remportant avec son pilote Erik Qvick une étape de régularité où la navigation avait une part importante. Pas assez pour remonter 4e du général comme son fils et Loeb l’ont fait ce jour. L’équipage belge est 5e du Dakar Classic. Les deux équipages Espagnols restent maîtres du Classic.

Ce lundi est jour de repos, les hostilités reprendront donc mardi pour Riydh, Haradh pour un parcours total de 686 km

B.L.S. d’après un communiqué © A.S.O/DPPI Frédéric Le Floch