24 HEURES A FOND LES MANETTES POUR QUATRE NANAS

mardi 22 septembre 2009 par IMEC

Les 24 heures, c’est l’histoire d’une équipe. Pour espérer gagner ou tout simplement finir cette course, vous devez vous entourer d’une équipe formidable. Les mécanos doivent être capables de tout réparer et à toute heure, le team manager Eric Milon doit pouvoir être
joint en permanence car c’est lui qui fait le lien entre les pilotes et l’assistance. Les préposés à l’intendance sont sur le pied de guerre non-stop pour nourrir une petite famille qui ne dort jamais… c’est tout une aventure ! Moi, Julie, habituellement dans le baquet de droite en rallye, remplaçante au pied levée d’une « gazelle », je vais tenter de vous
faire vivre ces 24h de l’intérieur, comme nous les avons vécues :

15h : Départ des 94 bolides. Myriam est la première à s’élancer et
elle récupère dès le premier tour une trentaine de places, laissant dans
le fond du classement les deux autres équipages féminins.
16h40 : Le premier relais se passe bien mais le terrain militaire sur
lequel Valérie roule est déjà accidenté. Des trous de près d’un
mètre se forment. Il s’agit pour nous de les négocier sans abîmer la
mécanique. Seulement, l’équipe féminin Isuzu est rapide et il n’est
pas question de trop nous laisser distancer…
18h06 : Caroline prend le volant, ne fait que deux tours et s’aperçoit
qu’elle roule sur la jante. L’assistance en profite pour changer un
amortisseur défectueux. Quelques minutes au stand et la voilà repartie
très motivée.
19h15 : Entrée au stand pour Valérie afin de changer l’amortisseur
gauche qui devenait une vraie pompe à vélo. C’est la deuxième fois que
les mécaniciens le changent. Il ne résiste pas aux 10 km de piste
défoncée.
20h40 : Je roule depuis près d’une heure entre chien et loup. La
visibilité est souvent limitée par la poussière soulevée devant moi. Je
finis en fait par m’apercevoir que les phares n’ont pas été nettoyés
à l’assistance et que les oscars présents sur le toit éclairent la
piste de manière anarchique. Les derniers tours de roue dans la nuit noire
ont été délicats à opérer. Une seule solution : me caler derrière un
concurrent pour qu’il m’éclaire.

21h : La course s’interrompt pour deux heures. Les organisateurs
nivelleront le terrain de manière à ce que des 4X4 ne restent pas « 
plantés ». Nos mécanos, quant à eux, travaillent d’arrache-pied pour
remettre en état notre Patrol déjà amoché (il lui manque un clignotant
et un antibrouillard sur le pare-choc arrière). Il faut savoir que
Caroline a rencontré des concurrents qui l’ont poussée
généreusement…
23h : Deuxième départ de la course, cette fois-ci en sens inverse.
Myriam, comme à l’accoutumée, prend un départ canon et laisse sur
place les autres équipages. Elle récupère une dizaine de places dès le
premier tour en évitant un accrochage.
01h32 : Caroline prend le volant et rentre au stand pour changer
l’amortisseur gauche, encore une fois. Elle trouve les conditions de
visibilité délicates mais excitantes.
03h12 : Je prends le volant pour un long relais de nuit (attention, les
crampes ne sont pas autorisées !). L’atmosphère est plus calme ; une
grande partie des mécanos est couchée, l’intendance nous a laissée des
plats et les plus motivés tentent de rester éveillés. Pourtant, rouler la
nuit a quelque chose de magique ! Beaucoup d’équipages sont aux stands
pour réparer et il ne reste vraiment que les voitures de tête qui ne
ménagent pas leur peine. Il s’agit pour nous de garder un rythme soutenu
tout en préservant la mécanique. A ce sujet, je sens du brûlé et
l’embrayage patine au point de plus pouvoir accélérer en cinquième.
Ordre du team manager : « Roule sans passer la cinq et décompose bien le
passage des vitesses ! » Ordre bien reçu. Le Patrol tiendra comme cela
jusqu’au petit matin.
06h : La lumière fait son apparition et nous comprenons que notre 4 x 4 est
très solide aux vues des trous et ornières créées durant la nuit. Nous
nous permettons de regarder à présent où en sont nos concurrentes : la
« Samara » est loin derrière, les filles ont fait un tonneau en tout
début d’épreuve et ont eu le courage de rouler sans pare-brise.
Seulement, la visibilité est telle que nous comprenons qu’il est
difficile pour elles de garantir un chrono. L’équipe « Isuzu », au
fort potentiel gagnant, connaît quelques déboires mécaniques au niveau
du moteur. A nous à présent de préserver notre machine…
7h43 : Myriam s’arrête obligatoirement après avoir pris le capot sur
le pare-brise. Les attache-capot n’ont pas résisté aux vibrations. Elle
rentre également au stand parce que le radiateur est percé de part en
part. Son changement dure environ une demi-heure. Myriam repart…
encore plus motivée !
8h47 : L’amortisseur gauche, toujours le même, ramène les filles
une fois de plus au stand. C’est la troisième ou peut-être la quatrième fois qu’il
est changé ! Nous ne savons plus ! Il faut savoir que cette course est
éprouvante et pour notre prochaine aventure, nous penserons à travailler
en amont sur cet aspect de la mécanique. En attendant, l’embrayage va
mieux et c’est reparti de plus belle pour Caroline et Valérie.
11h32 : Les filles sortent « trempes » de leur relais. Il fait, dans le
4 x 4, une chaleur suffocante, qui peut sembler supportable la nuit mais est
éreintante le jour. Et même si la fenêtre passager est descendue, elle
n’aide quasiment en rien à l’aération de l’habitacle. Et ce n’est
pas un mal car ce dernier serait rempli de poussière par les autres
concurrents.
13h26 : Je reprends le volant et m’aperçois que le « camel bag » (une
poche d’eau avec pipette) se trouve sous ma pédale d’embrayage ! Il me
faudra trois tours avant de pouvoir me défaire de ce cadeau empoisonné,
le harnais ne pouvant être détaché pour des raisons de sécurité. Dans
tous les cas, l’objectif de notre team manager restait le même : « 
rouler, coûte que coûte ! ».
14h17 : La piste est par endroit très arrosée par les organisateurs.
Alors, sortie d’une courbe rapide dans une poussière indescriptible, le
4 x 4 au freinage se met en travers, pour le plus grand plaisir des
spectateurs (et des pilotes).
14h59 : Myriam est sur la ligne d’arrivée. Caroline, Valérie et moi
ressentons les mêmes sensations que Myriam dans l’habitacle. Une
impression d’accomplissement, de réussite pour avoir franchi cette ligne
imaginaire !
15h : C’est l’heure des félicitations qui reviennent d’abord à
l’équipe de mécanos, toujours efficace, au team manager (toujours Eric
Milon) qui nous aura supportées pendant ces longues heures et aux
personnes qui nous ont accompagnées et qui ont contribué à cette
aventure !

Nous ne le répéterons jamais assez mais les « 24 heures », ce n’est
pas qu’une histoire de 4 x 4 et de vitesse, c’est l’engagement
personnel et professionnel de nombreuses personnalités : c’est une
grande histoire de partage, mais aussi d’amitié !

Julie et les Gazelles